Hôtel Biron.
Il est neuf heures...
Cent pas au rez-de-chaussée droit, cent pas au premier étage gauche...
Cent autres pas dans la chapelle, "Madame, veuillez ouvrir votre sac s'il vous plait", "You have only fifteen minutes for visiting the museum", accent esthétiquement Français oblige, ils adorent...
Cent pas au fond du jardin, "Le penseur se trouve au premier étage dans sa version miniature, ainsi que dans l'allée principale du jardin dans sa version originale".
Cent nouveaux pas au premier étage droit, "Pas de flash s'il vous plait", "Please, put your cellphone off, thank you".
Quelques instants à rêver devant Le baiser, quelques menues secondes à s'émerveiller devant la tour du travail, le temps d'être faciné par La porte de l'enfer et ses battants gigantesques, tant de questions en se demandant ce que les mains qui cachent Le secret pourrait bien avoir à révéler, une envie soudaine de saisir La main de Dieu ou de se laisser happer par la main du diable, les poussières de temps nécessaires pour glisser tendrement une main délicate sur les hanches délicieuses de La petite fée des eaux ou avoir envie d'embrasser avec force et passion La femme poisson. Au détours d'une salle, l'illusion de Trois sirènes ou encore des Trois muses enlacées vient nous titiller l'esprit, la main tremblante de désir frôlant le corps exquis de L'enfant prodigue achève de nous faire chavirer dans l'érotisme torride de l'univers de Rodin...
Tant de salles, tant d'oeuvres, tant d'histoires à inventer et à réinventer chaque jour...
Une Vaine tendresse qui émeut un moment alors qu'un Amor Fugit achève la visite...
je me surprend à rêvasser de salle en salle, entre cent pas. Je me sens attiré par cette oeuvre phénoménale de Rodin qui me façine chaque jour un peu plus. Le maître fait le choix de corps torturés, toujours enlacés, dans une douleur délicieuse et terriblement érotique. Partout les courbes viennent nous tourner la tête, la main voulant s'échapper pour aller caresser les exquises rondeurs. L'artiste Rodin nous offre un voyage dans un univers riche et réaliste, si bien qu'on en arrive presque à croire que la caresse pourrait éveiller les corps offerts. C'est un voyage dans les sens et dans l'envie...
Il est dix-sept heures...
Quelle chance j'ai de travailler au musée Rodin...
Par Akhen, Jeudi 9 Mars 2006 à 18:31 GMT+2 dans La vie de... (article, RSS)




