Tête à tête avec Auguste.
"Mesdames et messieurs, le musée est fermé tous les lundi, merci de bien vouloir revenir demain". Quelle chance...
Quelle chance de pouvoir m'offrir un tête-à-tête privilégié avec ce cher Auguste, lui et moi n'avons pas encore eu le temps d'échanger quelques idées. Nous allons pouvoir marcher paisiblement dans des salles désertes, seulement imprégnées de l'esprit du maître. Je suis seul aujourd'hui... Nous sommes seuls, lui et moi... Je compte bien en profiter.
Durant cette entrevue exceptionnelle, je me suis découvert un point commun intéressant avec l'artiste, la fascination que les mains exercent sur nous. S'il les aime robustes, aux lignes marquées, souvent mêlées les unes aux autres, ou enchevêtrées et décharnées parfois dans des crispations de douleurs, je les préfère fines aux doigts longs, emplies de douceur. J'avoue même les aimer imparfaites, marquées d'une histoire, d'un vécu. S'il les aime nues, je les préfère ornées d'un anneau ou deux, habillant délicieusement les doigts. Pour Auguste, c'est la main qui fait l'homme, pour moi, elles sont un lien incassable avec le monde, avec l'autre...
Nous avons conversé longuement, passant tranquillement devant son oeuvre extraordinaire, nous arrêtant devant chaque statue, chaque buste, chaque corps. Ainsi, la rencontre avec les âmes qui ont jalonnées sa vie a pu se faire. Honoré de Balzac, si souvent mis en valeur, Victor Hugo et son refus obstiné de poser pour la postérité, la troublante Hanako et bien entendu la magnifique, passionnée et possédée Camille Claudel
Aux hasards des salles, un Van Gogh, un Renoir, un Monet... Les diverses peintures nous font voyager dans l'univers artistique qui habille et habite ce cher Auguste. Si j'avoue être parfois peu sensible à certains des peintres rencontrés ici, je leur reconnais le mérite, pour leurs travaux mêlés à ceux du sculpteur, d'apporter aux multiples pièces de l'hôtel Biron une atmosphère toute particulière où il fait bon déambuler.
Notre entrevue s'achève près du grand bassin du jardin, après avoir flânés ensemble dans les petits sentiers du superbe parc, sous les arbres, nous arrêtant de temps en temps près d'une statue, pour observer, écouter et sentir l'air frais de ce mois de Mars, alors que quelques canards espiègles et fripons venaient chatouiller nos oreilles de leur cour incessante. L'esprit plein de découvertes nouvelles et les yeux emplis de beautés brutes et originales, la main qui fait ce que je suis pour lui, tendue, dis au revoir au maître Rodin, jusqu'à notre prochaine rencontre... Demain.
Par Akhen, Lundi 13 Mars 2006 à 13:51 GMT+2 dans La vie de... (article, RSS)



