"Monster".
"Depuis déjà longtemps, Aileen erre sans but et survit en se prostituant. Lorsqu'un soir, le moral au plus bas, elle rencontre dans un bar la jeune Selby, c'est le coup de foudre.
Pour protéger leur amour et leur permettre de subsister, Aileen continue de se vendre jusqu'à cette nuit où, agressée par un de ses clients, elle le tue. Ce premier crime marque le déclenchement d'un terrible engrenage..."
"Monster" est non seulement le portrait d'Aileen, magistralement interprétée par Charlize Theron (Celebrity, Intrusion, The yards...), oscarisée pour sa performance d'ailleurs et de Selby, jouée par Christina Ricci (La famille Adams, Las vegas parano, Sleepy Hollow...), mais c'est aussi celui d'une Amérique vraiment profonde enterrée dans son puritanisme, sa pauvreté, son rêve inaccessible et toutes les ficelles qui poussent ses brebis égarées à chuter toujours plus bas.
Aileen passe donc du rêve Américain typique, où, petite fille et adolescente, elle avait cette certitude qu'elle serait découverte par un riche producteur et serait aussi aimée que pouvait l'être les stars glamour d'hollywood, à la dure réalité d'une Amérique qui ne veut pas des imparfaits. Sa quête d'amour désespérée, car c'est finalement le sujet brut du film, la mène ainsi à se prostituer, à trouver se subsitut d'affection dans les bras d'hommes aussi infects que puants contre quelques billets faciles, symboles de cet acte d'amour illusoire. Et c'est encore cette même quête qui mène Selby et Aileen à cet amour si passionné qu'il pousse au plus inacceptable. D'un meurtre de légitime défense en réaction à un viol abjecte et cruel, la gâchette devient aussi facile qu'habituelle quand elle se trouve être le seul moyen d'entretenir l'amour de Selby pour Aileen, qui, ne sachant rien faire d'autre que vendre son corps, ne trouve pas d'autre moyen pour trouver de l'argent et donner ainsi une illusion de stabilité à celle qu'elle aime. On sent pourtant bien la souffrance d'Aileen à chaque coup de feu, on sent à quel point elle se consume de ne savoir trouver d'autre solution. Jusqu'au dénouement inévitable, l'arrestation, puis la condamnation d'Aileen...
Le pire, c'est que le spectateur n'arrive finalement plus à voir le côté meurtrier de l'héroïne tant on sent la recherche désespérée du bonheur qui semble ne passer que par la destruction. A tel point qu'Aileen cherche à trouver les pires défauts à ses victimes, comme pour justifier ses actes. Selby devient par contre presque assez vite une victime de son propre amour, ne pouvant subvenir à ses propres besoins, ne trouvant la libération que dans la chute d'Aileen. On finit presque par se dire que Selby est probablement la plus paumée des deux.
Ce film est magnifique, touchant, superbement réalisé par Patty Jenkins qui a d'ailleurs eu de très nombreux entretiens avec la véritable Aileen avant que celle-ci ne soit exécutée après douze ans passés dans le couloir de la mort. Toutefois, un goût amer reste dans la bouche. Pour ma part, je n'arrive pas à condamner Aileen, sans toutefois cautionner ses actes.
Étrange..
Par Akhen, Vendredi 2 Fevrier 2007 à 18:33 GMT+2 dans Cinéma (article, RSS)



