Je ne l'avais évoquée jusqu'alors qu'à demi-mots, probablement de peur de voir ce projet mourir en pleine gestation, être tué dans l'oeuf, ou tout simplement tomber à l'eau à son stade le plus primitif, et pourtant, je dois bien reconnaitre que mes envies d'en parler ne m'ont jamais quittées depuis le mois de Novembre. C'est chose faite désormais, j'ai sauté le grand fossé rempli d'inquiétudes et d'appréhension qui me séparait de mes rêves professionnels.
Après plusieurs années à tenter les petits boulots, étant tour à tour caissier dans l'un des plus grands temple de la consommation, vendeur puis developpeur photo, gardien de musée et même aide-comptable, j'étais finalement arrivé à une sorte de saturation de ces sous-emplois, garantissant toutefois non seulement le quotidien alimentaire, mais surtout la lutte constante contre la tentation de l'oisiveté.
S'il est une chose essentielle dans ma vie, c'est bien le travail. Pas seulement pour avoir le plaisir de voir mon salaire gonfler un peu chaque mois mon compte en banque, ni même celui de me lever le matin, je dois être honnête, je préfèrerais grandement faire une bonne grasse matinée lové contre la chaleur du corps de mon Zhom, mais surtout à cause de ce besoin irrépressible de savoir que lorsque je me lève le matin, ce ne sera pas pour passer une journée de plus, interminable, à faire, certes ce que j'aime, mais que je fini par ne plus apprécier, gavé jusqu'au cou de tout ce temps libre innocupé.
J'ai donc choisi au mois d'Octobre, alors que je voyais la fin de ce long passage par le Musée Rodin arriver, de me poser les bonnes questions, à savoir ce qui m'interessait vraiment, quels travails pourraient m'épanouir, quelles conditions devraient impérativement être rassemblées, et j'ai fini par trouver la réponse en choisissant de sauter un gros pas vers l'inconnu et de tenter une carrière dans l'immobilier. Ce fut chose faite lors d'un stage de quelques semaines, dès le mois de Novembre, dans l'agence immobilière d'un ami, pour découvrir le travail, constater sur le terrain ce qui pourrait m'y interesser, me rebuter, et surtout avoir l'avis d'un professionnel, me garantissant le temps accordé pour m'initier aux premières ficelles.
Ce fut une véritable révélation, et lorsque la fin de ce stage tout à fait informel arriva, je n'ai pas hésité une seconde à franchir la porte qui me séparait de cette nouvelle carrière en demandant très directement à mon hote si je pouvais continuer à travailler dans son agence, mais cette fois, pour lui. Sa réponse fut sans équivoque, il avait pris le temps de m'observer, constatant par lui-même que le métier me plaisait et que je dégageais suffisament d'énergie pour me donner ma chance.
C'est donc officiel depuis la rentrée de Janvier, je suis cette fois engagé de manière définitive dans l'agence qui a vu mes tous premiers pas d'agent immobilier, et c'est avec délice que je passe mes journées en prospection pour développer le portefeuille vierge qui m'a été confié, que j'arrive à décrocher des rendez-vous, à visiter des appartements et à amener les propriétaires à me les confier pour vente. Je tatonne encore beaucoup, mais j'apprend, vite, avec passion, et chaque nouveau contact me conforte dans la décision que j'ai prise. J'aime cette relation avec la clientèle, mon parcours, certes tortueux, à finalement fini par me servir un peu.
J'aime faire visiter les appartements à mes clients, j'aime partir à la rencontre des propriétaires, j'aime l'idée de travailler pour moi-même, avec une autonomie totale confiée dès le début, et surtout, j'aime l'idée d'avoir mérité véritablement le salaire que je toucherai lorsque j'aurai vendu mon premier appartement.
C'est une étape difficile que la remise en question, mais la mienne a accouché, j'espère, d'un beau bébé...